Quelques repères dans l'histoire du Japon

De la période Jômon à la période Taishô

LA PERIODE JÔMON (-10.000 à - 300 avant JC)

Cette période qui succède à l'ère pré-historique doit son nom au dessin de corde retrouvé sur les plus vieilles poteries au monde. Retrouvés dans le Nord de Honshû (île principale du Japon), des éléments de poteries de 7.000 avant JC attestent d'une civilisation très ancienne, composée de petits groupes de chasseurs ou de pêcheurs connaissant déjà la céramique. L'habitat était composé de huttes rondes, à demi enterrées dans la terre (Tateana), à toiture sommaire composée d herbes et de feuillages. Les sépultures existaient déjà, et les morts étaient enterrés en position accroupie. L'usage de quelques instruments à base d'os ou de pierre donne peu d'indication sur une activité de pêche ou d'agriculture véritablement organisée.
Artistiquement, seuls les amas de coquillages (Kaizuka) et les figurines de terre cuite ( Dogû ) sont les vestiges d'une époque dont la connaissance reste très faible.

LA PERIODE YAYOI (- 300 avant JC à + 300 après JC)

Succédant à l'ère Jômon, cette courte période (600 ans) va radicalement bouleverser le Japon. Parti du sud du Japon (Kyushu), sa civilisation va remonter progressivement vers le Nord et recouvrir l'ancienne civilisation Jômon.
Probablement issue de groupes d'émigrants venus de la Corée et de Chine, cette civilisation apporte les rizières inondées, l'usage du fer et l'établissement de véritables royaumes organisés.
Les maisons sont surélevées, avec des murs en terre battue et des toits en chaume. Elles se regroupent en villages importants protégés par des fossés. Les habitants utilisent le tissage pour réaliser leurs habits. Cependant, si l'agriculture progresse, l'élevage n'est pas utilisé. Mais cette civilisation va être à son tour recouverte par une nouvelle vague d'immigrants venus de Corée : la culture des Kofun.

LA PERIODE YAMATO ou KÔFUN (300 à 710)

Comme pour les deux périodes précédentes, c'est une nouvelle vague d'immigrants qui va imposer sa suprématie sur les arrivants précédents. Mais cette fois-ci, cette culture va s'établir définitivement et poser la base de la culture du Japon. Un groupe de cavaliers venus de Corée envahissent la partie nord de Kyushu vers 310, et remontant, s'établissent finalement dans le Kansaï (région de Kyoto - Nara - Osaka). Ils vont former le premier Etat Japonais : le Yamato. Une particularité de cette culture est la forme donnée aux tombes des souverains du Yamato. Ces gigantesques tumuli (jusqu’à 800 mètres de long) sont en forme de "trous de serrure " appelées Kofun. A l'intérieur, des poteries en terre cuite représentant des guerriers (Haniwa) sont disposées tout autour de la tombe, pour garder le défunt. C'est à cette période que naît le Shintô, religion caractéristique du Japon. L'État de Yamato se développe assez vite, en annexant rapidement toutes les autres tribus déjà sur place. Dés 450, l'ensemble du Japon (sauf le Nord) et une partie de la Corée du Sud sont soumis. En 538, l'introduction du Bouddhisme marque une étape primordiale. En 594, le prince Shôtoku Taishi l'impose comme religion d'État et pose également en 604 les principes moraux et juridiques de l'État Japonais. Ceci permet au chef du clan Nakatomi de prendre le nom de Fujiwara, et également le pouvoir réel du Japon.

LA PERIODE NARA (710 à 794)

En 710, l'Imperatrice Gemmei décide d'établir la capitale du Yamato à Nara, sous le nom de Heijô-Kyô. Bâtie, comme Kyôto plus tard, sur un plan en damier, avec des rues à angles droits, la nouvelle capitale va devenir la première grande cité Bouddhiste. Pas moins de 6 sectes (Nanto Rokushu) vont chercher à influencer de plus en plus la politique de l'Empereur. C'est également la période des premiers signes de l'unité nationale. L'impératrice Gemmei demande que l'on mette par écrit les premières annales de l'histoire du Japon, sous le nom de Kojiki (Chroniques des Choses anciennes) en 712, suivi du Nihon Shoki (Annales du Japon) en 720. Le premier ouvrage retrace l'origine du Japon et de l'histoire des Kamis et justifie également l'origine sacrée de la lignée Impériale, descendant d’Amaterasu Okami (Déesse du Soleil). Le deuxième ouvrage reprend en partie les écrits du Kojiki sous une forme différente, et avec plusieurs versions des textes originaux.
En 784, exaspéré par les pressions que lui font subir les six sectes bouddhistes pour obtenir de plus en plus d'avantages et de prérogatives, l'Empereur Kammu décida de déménager la capitale après 80 ans d'existence.

LA PERIODE HEIAN (794-1185)

La création de la nouvelle capitale (Kyôto) marque le début d'une période de faste artistique et intellectuel. Elle sera plus tard également synonyme de décadence politique. Dés la création de Kyôto, la cour développe un raffinement artistique extraordinaire. Le Japon culturel, enfin libéré de l'emprise intellectuelle de la Chine, se développe rapidement (écriture syllabique, poésie, peinture, etc...). Les hautes familles nobles rivalisent de luxe raffiné, et délaissant progressivement la gestion de leur domaine, et donc du pays. Peu à peu le pouvoir central s'étiole au profit de grands propriétaires terriens provinciaux et des monastères. Ceux-ci exemptés d'impôts prennent un poids de plus en plus fort. L'une des familles les plus puissantes, les Fujiwara, finit par conquérir réellement le pouvoir. En mariant ses filles aux jeunes empereurs, ils peuvent ainsi gouverner en tant que régents.

LA PERIODE KAMAKURA (1185-1333)

Beaucoup de seigneurs locaux avaient embauchés des guerriers pour défendre leurs domaines durant leurs séjours prolongés à la cour. Ces Bushis vont prendre peu à peu le commandement des provinces, et évincer ces familles nobles. Deux grands clans de Guerriers vont au final s'affronter pour le pouvoir suprême du Japon. Les Tairas vont momentanément être les maîtres du pays. Mais ce sont leurs adversaires, les Minamoto, qui vont finalement triompher et installer leur capitale militaire à Kamakura, loin des fastes de la cour de Kyôto. Ce "gouvernement sous la tente" (Bakufu) est le siège du premier Shogun : Minamoto no Yoritomo. Les arts reflètent bien cette nouvelle époque. Rigueur et sobriété propres aux Bushis amèneront notamment le développement du Zen très prisé par les guerriers. La littérature romantique raffinée et la composition de poèmes (Waka) de l'ère Héian fait place aux récits historiques guerriers (Heïke Monogatari).
En 1219, les Hôjô succédèrent aux Minamoto durant un siècle. Ils vont devoir affronter deux grandes épreuves : les invasions mongoles de Kubilai Khan. A deux reprises, celui ci essaya de conquérir l'archipel. Par deux fois, sa flotte fut balayée par des typhons, l'obligeant à abandonner. Ces vents salutaires furent appelés "Kamikaze" (Vents Divins) par les Japonais. Mais les Hôjô épuisés par ces deux guerres succesives perdent le pouvoir.

LA PERIODE MUROMACHI (1333-1573)

Période à la fois troublée et très riche de l'histoire du Japon. Dès 1333, l'Empereur Go-Daigo tente de reprendre le pouvoir aux militaires. Mais trois ans plus tard, son général Ashikaga Takauji le trahit et impose au pays l'une des lignées de Shogun les plus longues. Cette période sera une occasion de renouveau artistique important, animé par le Shogun, et non plus par la cour Impériale. L'Ikebana, la cérémonie du thé (Chanoyu) le théâtre Nô apparaissent au Japon.
Mais le règne des Ashikaga ne sera pas facile. Guerre civile entre deux prétendants au trône impérial, révoltes paysannes, guerre de succession (Guerre d'Onin 1467-1477), font perdre peu à peu toute l'autorité des Shoguns sur le pays. A la fin de la guerre d'Onin, le pays est en proie aux guerres des seigneurs locaux (Daimyos) qui souhaitent se tailler un domaine plus grand. Durant un siècle, l'arnachie domine le pays.

LA PERIODE MOMOYAMA (1573-1603)

Brève période de l'histoire du Japon, mais la plus importante : celle de l'unification du Japon.
Lassé par un siècle de guerres civiles, trois généraux vont apparaître pour unifier le Japon. Oda Nobunaga conquiert le centre de l'archipel, et notamment Kyôto. Il y impose une unité militaire et politique forte. Trahit par un de ses généraux, il se suicide en 1582. Son action est reprise par Toyotomi Hideyoshi. Homme à la destinée et au sens politique extraordinaire, celui-ci poursuit l'oeuvre d’Oda Nobunaga. Il finit d'unifier le Japon par des conquètes ou des serments d'allégence des Daimyos. En 1590, tout le pays est sous ses ordres. Il essaie alors sans succès d'exporter son génie militaire en Corée par deux fois, et sa mort en 1598, mit fin à ses rêves d'hégémonie.

LA PERIODE EDO (1603-1868)

Il reste à présent à renforcer le pouvoir central et de le péréniser pour longtemps. Tokugawa Ieyasu qui succède à Hideyoshi, va s'y employer. Il prend l'ancien titre de Shogun, après avoir vaincu à Sekigahara (1600) ses derniers opposants. Il va alors instaurer la plus longue des dynasties qui régnera sans partage durant presque trois siècles de paix intérieure. Apparaît alors un gouvernement fortement centralisé. Celui-ci va structurer et codifier tous les aspects de la vie du pays, dans une sorte de chape sociale qui empêchera toute évolution, et donc tout risque de conflit. Pour mieux renforcer son action, Tokugawa Ieyasu renvoie les étrangers (Portugais, Hollandais) et ferme hermétiquement le Japon sur lui-même en 1640 durant deux siècles.
La nouvelle capitale du gouvernement Japonais était désormais Edo (Tokyo). Toute une culture se bâtit ici pour la première fois hors de Kyoto. Le Kabuki, le Bunraku, les Haikus et les estampes Ukyio-e naissent à cette époque.
Pourtant ce splendide isolement ne résista pas aux puissances occidentales qui dès 1853 obligèrent le Japon à s'ouvrir. C'était la fin du règne des Tokugawa, incapables d'absorber ce choc. En 1868, aidé par des familles nobles ralliées à sa cause, le jeune Empereur Meiji reprenait le pouvoir. Les militaires l'avaient confisqué depuis 700 ans.

LA RESTAURATION IMPERIALE (1853-1868)

Le 8 Juillet 1853, les bateaux américains du Commodore Perry brisent deux siècles et demi d’isolationnisme Japonais. Comme ils l'avaient fait avec la Chine, les puissances occidentales obligent le Shogunat à passer des traités commerciaux leur ouvrant les ports Japonais. D'autres nations (Angleterre, Hollande, France) ne vont pas tarder à suivre.
La réaction d'une grande partie de la population est hostile à ces changements et proclame le "Sonnô Jôi" ( honorons l'Empereur et expulsons les barbares). Le Japon est alors divisé entre le soutien au Shogun et le soutien à l'Empereur. C'est ce dernier parti, soutenu par les clans de Kyushû (Satsuma, Tosa et Chôshû), qui va l'emporter.
Le 19 Novembre 1867, Tokugawa Yoshinobu remet sa démission au nouvel Empereur Mutsuhito, âgé de 15 ans, mettant fin à plus de 700 ans de pouvoir militaire dont 250 sous la domination des Tokugawa. L'Empereur, soutenu par ses clans de Samouraïs va bouleverser complètement en quelques années le Japon et régnera sous le nom de Meiji.

LA REVOLUTION DE MEIJI (1868-1912)

En l'espace de 5 années l'ensemble de la société Japonaise va se transformer radicalement passant de la féodalité à la société moderne. En Avril 1868, l'Empereur Meiji promulgue le "Serment en 5 articles". C'est le coup d'envoi d'une vague de réformes profondes visant à rattraper le retard du pays sur les pays occidentaux.
En 1868, l'Empereur s'installe à Tokyo, y fonde sa nouvelle capitale et institue, quelques années plus tard, un conseil des Anciens (Genrô) qui promulgue les premières réformes : création d'une armée nationale basée sur la conscription, modernisation de la marine de guerre, instruction obligatoire, développement de l'industrie et des moyens de communications. Dés 1885, la démocratisation apparente du Japon est en place : création d'un gouvernement de type occidental, d’un Parlement et deux ans plus tard, rédaction de la premiere Constitution du pays.
Les efforts du Japon sont rapidement mis à profit. Il gagne une première guerre contre la Chine en 1895, et débute ainsi une politique d'expansion territoriale. Mais c'est la victoire contre la Russie en 1905 avec la prise de Port Arthur (2 Janvier 1905) et la victoire navale de Tsushima (27 Mai 1905) qui confère au Japon son rôle de première puissance internationale non occidentale. En l'espace de 3 décennies, l'élève a rattrapé ses maîtres au prix d'un immense sursaut national.

L'ERE TAISHÔ (1912-1926)

A la mort de l'Empereur Meiji en 1912, le pouvoir passe à son fils, Yoshihito, qui règne sous le nom de Taishô. Mais ce dernier, atteint des suites d'une méningite est incapable d'occuper le pouvoir, et laisse les hommes politiques diriger le Japon. En 1919, avec une participation minimum à la Première Guerre Mondiale, le Japon obtient l'ensemble des anciennes possessions allemandes, dont plusieurs territoires en Chine, ce qui lui permet de consolider ses positions en Mandchourie, même s'il doit libérer la province du Liaodong, particulièrement stratégique. En 1919, de graves troubles éclatent en Corée, annexée en 1905 par le Japon. Lors des funérailles de l'ancien Empereur Coréen, des groupes nationalistes se révoltent contre l'occupant Japonais. La répression est terrible. En 1921, l'Empereur Taishô, souffrant, nomme son fils Hiro-Hito régent afin de gouverner à sa place. Dans une ambiance politique libérale et marquée par un essor économique fort, le Japon est frappé le 1er Septembre 1923 par un immense tremblement de terre qui détruit une grande partie de Tokyo, faisant des centaines de milliers de morts, la plus grande partie succombant dans les incendies qui ravagent la ville construite en bois. L'empereur Taishô meurt en Décembre 1926.

Source de cet article : Le Japon Traditionnel - kyoto.japon.free.fr

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