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Quelques repères dans l'histoire du Japon

La mentalité japonaise.

Trop de confusions dans l'interprétation de la méthode ont eu pour base une méconnaissance des contextes géographique et politique de son apparition. Les indications données à la suite ont été sélectionnées arbitrairement pour éclairer l'étude du Reiki. Elles ne prétendent donc nullement être exhaustives.

Le Japon couvre une superficie de 375.000 km2. C'est un archipel d'un millier d'îles. Mais les quatre îles principales, Kyushu, Shikoku, Honshu et Hokkaido, représentent 98% de la superficie totale. Hokkaido (83.000 km2) est à peu près de la taille de l'Irlande. Les autres îles sont plus petites et montagneuses. Plus d'une vingtaine de sommets japonais dépassent 3.000 m et les montagnes sont l'objet d'une grande vénération pour les Japonais ; dont le Mont Kurama de Kyoto, sommet mythique pour le Shintô et le Reiki. Rien d'étonnant donc au fait que la majorité de la population soit concentrée sur deux régions : la vaste plaine du Kantô et celle du Kansai autour d'Osaka. Les zones habitables ne se trouvent ainsi que le long du littoral, lequel mesure environ 30.000 kilomètres. Cette insularité concentrant la population explique que la collectivité japonaise ait été bercée par des influences étrangères successives, venues par vagues. Son relief escarpé, favorable aux retraites ascétiques, offrait en contraste un cadre à une tendance individuelle au reflux vers ce qui fait le cœur de la tradition nippone ; tendance très marquée après chaque nouveau choc de civilisation.

Le Japon est un pays jeune bien que les archéologues japonais aient découvert, en 1992, ce qui semble être des outils de pierre du paléolithique, vers moins 500.000 ans. Toutefois, les anthropologues accordent que le peuplement du Japon n'aurait eu lieu qu'au néolithique lorsque la culture dite " proto-Jômon " s'épanouit vers 5.000 à 2.000 avant J.C. Les habitants, des nomades, vivent alors de la chasse et de la cueillette. Ils ont acquis la maîtrise de la poterie cordée. Ils sont très en retard sur les autres Homo sapiens, du point de vue culturel et technique. L'ère " Jômon " de -2.000 à -300 ans voit leur sédentarisation. La naissance de l'empereur Jinmu fonde la dynastie impériale des Tenno en 660 avant J.C. L'époque Yayoi, qui s'articule de -300 à +300 ans, développe la riziculture et l'usage des métaux. Le Japon et la Corée du sud forment alors un seul et même royaume. L'écriture chinoise (les kanjis) est déjà adoptée ; mais ne le sera définitivement qu'en 405. Le néolithique ne s'achève qu'au début de notre ère, soit avec près de 10.000 ans de décalage avec les civilisations les plus avancées d'Eurasie.

L'histoire du Japon est ensuite une succession de phases d'ouverture aux idées venues de civilisations étrangères plus évoluées et de phases de repli sur soi, permettant de digérer les innovations. A l'aube de son histoire, l'Ile du Soleil Levant a en face d'elle une Chine en pleine gloire : celle des dynasties Han (3ème avant au 3ème siècles après J.-C.), que relaiera celle plus éclatante encore des Tang (7ème au 10ème siècles) et auxquelles succéderont toutes les puissantes dynasties qui illustrent l'histoire chinoise. Longtemps unique partenaire historique du Japon, une Chine très civilisée, homogène et massive, fera constamment sentir son poids. Le décalage des niveaux culturels est rendu encore plus sensible par l'insularité. Il n'y a pas ici, comme ailleurs sur le continent, des infiltrations étrangères, anonymes et continues, qui modifient insensiblement le développement des cultures ; mais, à chaque fois, des chocs brutaux de civilisations. Toutefois, pas plus qu'un autre peuple, les Nippons n'ont copié leurs voisins ; mais, plus qu'aucun autre pays, le Japon a eu conscience de la nature de ses emprunts et, par-là même, de la nature de ses propres éléments. Cette ligne de partage des composantes, qui est simplement reconnue, est de ce fait plus nette qu'ailleurs. Averti donc des influences qu'il subissait, le Japon a peut-être eu un plus grand souci de préserver sa spécificité.

C'est sans doute une des raisons de son nationalisme ; et c'est aussi une des raisons qui l'ont poussé, au 7ème siècle, au moment où l'influence chinoise était si pesante sur la cour, à compiler ses mythes et ses légendes, à ordonnancer le culte des esprits et celui des ancêtres pour en tirer une notion propre de la divinité, le " Kami ". Le Shintoïsme se constituait ainsi pour contrebalancer les ambitions d'un Bouddhisme chinois assez envahissant. La rédaction des chroniques nationales " Kojiki " et " Nihongi " marque une étape dans la volonté des Japonais de définir le noyau de leur culture et l'origine de leurs emprunts. Ces deux textes serviront de base à l'histoire des origines du Japon jusqu'à la seconde guerre mondiale. Le Shintô y est défini comme la " religion naturelle " ; ses racines remontant à la nuit des temps.

Le nom originel du Shintô est " Kami nagara-no michi ", la Voie des Kamis. Trois grandes valeurs priment, en effet, dans la vision shintô : le culte de la nature, la pureté rituelle et la communion de l'homme avec les kamis. Le Shintoïsme considère que l'univers est formé par le jeu d'énergies indestructibles apparaissant par un changement constant dans les phénomènes naturels ; ceux-ci étant des kamis qu'il convient de vénérer pour obtenir les faveurs ou, tout du moins, pour ne pas se retrouver en situation d'opposition avec eux. Qui sont ces kamis ?

Les auteurs des textes du Shintô ont mis en scène autant de dieux et de héros que ceux de la mythologie gréco-latine, quelques mille ans auparavant. La tradition grecque semble rendre, sous un mythe voilant les thèmes astrologiques classiques, des processus subtils internes du système endocrinien, ayant cours au rythme de l'année et de la vie, et certains complexes mentaux et émotionnels qui leurs sont liés. Le culte des kamis a opéré dans ce même élan ; toutefois ici à l'extérieur, en divinisant toute chose comme les monts et eaux, rochers et forêts, foyers, ustensiles et armures pour expliquer le réel et baliser de la sorte la norme psychologique de la collectivité nippone.

Alors que l'Occident immortalise les sphères de son intériorité pour conquérir et modeler le monde à son image, un continuum sacré règne sur toute la vie ancienne du Japon avec comme objectif de délimiter la dimension métaphysique dans le réel et l'exprimer dans les productions de la culture nationale. Il ne s'agit pas, comme en Grèce, de faire descendre les dieux dans la vie des hommes, préparant le culte monothéiste et l'affirmation moderne du moi. Ici, l'objectif est de répondre à un besoin de direction ascendante au sein du monde immanent, clairement signifiée lorsqu'on parle de kami. La traduction du terme par " divinité " dans les langues occidentales est donc inadéquate et source de confusions, de même pour les éléments cultuels de la Chine comme les " Immortels " et les " Bouddhas ".

L'espace mental nippon était, en effet, fort différent de celui des Chinois, pour lesquels le Confucianisme depuis le 6ème siècle avant J.C. avait élaboré des limites rationnelles, en séparant le monde connaissable des humains de celui des Immortels célestes, et ouvert des voies mystiques de communication entre ces deux sphères. Tant que la cour japonaise resta la maîtresse d'une union de tribus nomades, cette spécificité de l'âme nippone ne joua aucun rôle et le jeu des influences diverses s'exerça comme partout ailleurs. Dès que les souverains éprouvèrent le besoin d'asseoir une administration centrale et une autorité nationale, les compilations mythologiques surgirent pour valoriser le noyau spécifique de la culture japonaise. Le Shintô résulte donc d'une intention noétique de garder intact le mode particulier de relation des Japonais au réel. Plus tard, le Bouddhisme viendra au secours de cette vision lorsqu'elle sera trop menacée par les influences taoïstes et leur recherche de l'immortalité psychique et corporelle.

En effet, à l'époque Yamato (3ème siècle à 710 après J.C.), l'ouverture vers la Chine reprend. En 538 selon les sources chinoises ou 552 selon le calendrier japonais traditionnel, la doctrine du Bouddha pénètre au Japon. Différents clans luttent pour ajouter cette nouvelle religion au Shintoïsme en tant que religion nationale. La peste décime la population et en 586, pour conjurer ce fléau, l'empereur Yomei fait vœu de construire un grand sanctuaire au Bouddha de médecine. Suit l'ère Nara (710-794), marquant une certaine fermeture du Japon aux idées extérieures.

A l'époque Heian (794-1185), Kyoto devient la capitale. En 805, lors d'une nouvelle ouverture, la secte bouddhiste chinoise Tendaï (" des Terres pures ") est introduite au Japon. En 806, celle du Shingon (" des Paroles parfaites ") est créée par un aristocrate revenu de Chine. Elle soutient que chacun possède en soi la possibilité de devenir Bouddha ; ce qui jusqu'alors était un privilège réservé aux moines. En 1175, la secte bouddhiste Jodo est créée. Elle suggère que chacun peut être sauvé des maux et de souffrances en étant transporté en Jodo, la Terre Pure du Bouddha Amida de la Lumière et de la Vie infinie. Le Shintô et sa quête de rendre visible le sacré se maintiennent en parallèle de la montée de l'individualisme bouddhique ; individualisme affranchi d'égoïsme, ce qui le distingue diamétralement des doctrines occidentales qui lui sont contemporaines comme le Cartésianisme ou plus tard le psychologisme moderne.

En 1191, la doctrine zen venue de Chine s'implante au Japon. Toutefois, l'époque Kamakura (1185-1333) marque une nouvelle fermeture. En 1192, Minamoto Yoritomo est nommé shogun et s'établit à Kamakura au sud de l'actuelle Tokyo. Le shogun est le commandant militaire suprême de Sci Taï Shogun (général soumettant les barbares) et, naturellement, il fait appel au Shintô pour affirmer sa dimension politique. Recherche du sacré dans le réel et aspiration à l'éveil se côtoient désormais.

A l'époque Muromachi (1333-1573), nouvelle ouverture. Le 15 août 1549, saint François Xavier, missionnaire jésuite espagnol, arrive à Kagoshima. En 1557, Ogimachi (1517-1593), fils de Go Nara, devient empereur pour une durée de 29 ans et s'avère assez favorable à la nouvelle religion. En 1571, le daïmyo (seigneur provincial) Omura Sumitada ouvre le port de Nagasaki au commerce avec les étrangers. Il se convertit au Christianisme en 1562. L'individualisme chrétien séduit par son absence d'exigence d'abandonner l'égoïsme, au contraire du Bouddhisme. Sacralisant l'ego, il ouvre des perspectives politiques à ceux dont la volonté d'affirmation égocentrique de soi se trouvait en quelque sorte limitée par la doctrine bouddhique du non-soi et la vision du sacré à l'extérieur, propre au Shintô. Bref, comme partout ailleurs, le monothéisme est subversif et donne le prétexte à toutes les aberrations mentales et émotionnelles. On le verra, juste avant et lors de la seconde guerre mondiale, lorsque les étudiants japonais formés aux Etats Unis à la mentalité protestante chrétienne réinterpréter le culte shintô en un nationalisme de type hitlérien. Le processus sera le même en ce qui concerne la dénaturation de l'Islam en islamisme par les étudiants arabes et perses formés en Occident.

A l'époque Azuchi-Momoyama (1573-1603), suit une logique nouvelle phase de digestion. En 1582, Edo (ancien nom de Tokyo) est créée et marque le début de l'âge d'or du Japon, dans les domaines de l'art et l'architecture. Cette période baroque exercera son influence jusqu'en 1615. Le Japon affirme les traits de sa culture jusqu'à la caricature.

A l'époque suivante dite Edo (1603-1868), les intellectuels sont comme lassés des canons bouddhistes et de la dialectique Shintô du sacré. Le Christianisme séduit. Il devient de plus en plus populaire, comme autrefois les doctrines venues de la Chine. De puissants daimyos chrétiens s'étant officiellement convertis, les écoles bouddhistes et shintoïstes demandent à l'empereur et au shogun de condamner cette religion affirmant que Jésus est le fils unique du Ciel, ce qui le place sur le même rang que le Tennô et donc en concurrence.

Une nouvelle phase de fermeture se met alors en place en réaction. Pour les Japonais, en effet, l'empereur est le seul descendant direct des kamis. La confusion entretenue par les opportunistes Jésuites entre les notions, pourtant étrangères l'une à l'autre, de divinité et de kami se retourne contre eux. Le Christianisme est dorénavant compris comme subversif. C'est le début des persécutions ; notamment dans l'île de Kyushu, dont la population vite convertie et première à avoir pris contact avec des Occidentaux, s'avère un vecteur trop actif d'occidentalisation.

En 1624, le shogun, ne souhaitant pas que le commerce des armes à feu occidentales ne profite à d'autres clans, expulse les commerçants espagnols en invoquant le motif religieux. En 1628, seuls les Chinois et les Hollandais sont autorisés au commerce à Nagasaki et à Deshima.

En 1854, le shogun fait face à la puissance militaire américaine menée par Perry et au blocus de la baie de Edo. Il est contraint de signer un traité permettant aux Américains de mouiller à Shimoda et Hakodate. Rapidement sont signés des traités similaires d'amitié avec l'Angleterre, les Pays-Bas et la Russie.

Source : Le Reiki traditionnel japonais : son histoire et ses archives.
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Editions Killebierg / Pascal Treffainguy

     
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